Environ 200 médias français, dont TF1 et France Télévisions, ont attaqué Meta en justice, l’accusant de pratiques publicitaires déloyales basées sur une collecte illicite de données personnelles. Une action inédite aux enjeux colossaux.
Environ 200 médias français, dont TF1 et France Télévisions, ont attaqué Meta en justice, l’accusant de pratiques publicitaires déloyales basées sur une collecte illicite de données personnelles. Une action inédite aux enjeux colossaux.

Une fronde historique secoue l’écosystème médiatique français. Le 22 avril 2025, environ 200 médias – chaînes de télévision, radios, journaux, magazines et plateformes en ligne – ont assigné en justice le groupe Meta, maison mère de Facebook et Instagram, devant le tribunal des activités économiques de Paris.
Cette plainte collective, portée par 67 entreprises de médias, rassemble notamment TF1, France Télévisions, Radio France, Le Figaro, Libération, Ouest-France ou encore la plateforme Dailymotion.
Au cœur de la plainte se trouvent des accusations de pratiques publicitaires illicites, en lien direct avec la manière dont Meta exploite les données personnelles de ses utilisateurs. Les médias plaignants reprochent au groupe américain d’avoir collecté et utilisé ces données sans consentement explicite, en violation du Règlement général sur la protection des données (RGPD) en vigueur depuis 2018. Pendant que les éditeurs de presse se conformaient aux exigences européennes, Meta aurait continué à profiler les internautes pour proposer des publicités ciblées, captant ainsi une part démesurée du marché publicitaire.
Selon les avocats des plaignants, cette pratique aurait entraîné un manque à gagner massif pour la presse française. Contraints d’obtenir le consentement de leurs lecteurs pour collecter des données, les éditeurs auraient vu fondre leurs revenus publicitaires, alors que Meta, bénéficiant d’un avantage concurrentiel indu, conservait sa position dominante.
Les plaignants invoquent le principe de concurrence déloyale, estimant que Meta a délibérément enfreint la réglementation pour maximiser ses profits, au détriment de l’écosystème médiatique. « Si Meta avait respecté le RGPD, les éditeurs de presse auraient perçu une part bien plus importante des investissements publicitaires numériques », affirment les avocats. Ces derniers réclament des dommages-intérêts significatifs, bien que le montant exact n’ait pas été communiqué. Plusieurs estimations évoquent des dizaines, voire des centaines de millions d’euros.
L’action est portée par deux cabinets spécialisés : Darrois Villey Maillot Brochier, basé à Paris, et le cabinet américain Scott+Scott, réputé pour les actions collectives. Ensemble, ils espèrent obtenir une décision de justice qui reconnaisse le préjudice subi par les éditeurs et oblige Meta à indemniser les médias lésés.
Interrogée, Meta n’a pas encore réagi publiquement à cette assignation. Le groupe, déjà sanctionné à plusieurs reprises en Europe pour des manquements au RGPD, pourrait contester les faits devant le tribunal. Les avocats de Meta assurent régulièrement que l’entreprise respecte la législation européenne sur les données, bien que plusieurs enquêtes et amendes semblent démontrer le contraire.
Côté plaignants, l’initiative est saluée comme un « front commun inédit » entre médias publics et privés, de toutes tailles. Pour eux, cette action est autant une réclamation financière qu’un signal politique : il s’agit de rétablir un équilibre dans la chaîne de valeur numérique, largement captée par les géants de la tech.
Au-delà de la somme potentiellement réclamée, ce procès pourrait avoir des conséquences durables sur les règles du jeu dans la publicité en ligne. En cas de condamnation, Meta pourrait être contraint de modifier ses pratiques de ciblage publicitaire, et les éditeurs obtiendraient une reconnaissance juridique du préjudice subi.
Cette plainte s’inscrit dans un contexte plus large de tensions croissantes entre médias et plateformes. Si elle n’a pas de lien direct avec le dossier des droits voisins – qui concerne la rémunération des contenus journalistiques utilisés par les plateformes –, elle participe d’un même combat : reprendre la main sur la monétisation de l’information à l’ère numérique.
Avec cette action collective, la presse française ne se contente plus de dénoncer. Elle attaque, unie et déterminée, pour faire respecter ses droits face à un géant du numérique dont les pratiques sont désormais scrutées jusque devant les tribunaux.