Le mercredi 28 mai 2025, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture un amendement supprimant les zones à faibles émissions (ZFE) dans le cadre du projet de loi de simplification de la vie économique. Le vote, acquis par 98 voix contre 51, a réuni un front inédit entre Les Républicains (LR), le Rassemblement National (RN), La France Insoumise (LFI) et une partie de la majorité présidentielle.
C’est quoi les ZFE et pourquoi elles ont été instaurées ?
Créées par la loi Climat et Résilience de 2021, les zones à faibles émissions visaient à restreindre la circulation des véhicules les plus polluants dans les zones urbaines régulièrement touchées par des pics de pollution. Le dispositif repose sur la vignette Crit’Air, qui classe les véhicules selon leurs émissions.
Des métropoles comme Paris, Lyon, Marseille, Toulouse ou Grenoble avaient déjà instauré des ZFE avec des restrictions progressives pour les véhicules anciens, notamment les diesels.
Les partisans de la suppression dénoncent une mesure jugée socialement injuste et techniquement irréaliste. Selon eux, les ZFE pénalisent les ménages modestes et les habitants des zones périurbaines qui dépendent de leur voiture pour travailler. «Tout le monde est pour améliorer la qualité de l’air, mais pas au prix de l’exclusion sociale», a résumé le député LR Ian Boucard lors des débats. Plusieurs élus ont évoqué une mesure déconnectée des réalités économiques actuelles, dans un contexte de crise du pouvoir d’achat.
Le gouvernement vent debout contre l’amendement
Le gouvernement, par la voix de la ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher, s’est dit fermement opposé à cet amendement. La ministre a rappelé que la pollution de l’air causait près de 40 000 décès prématurés chaque année en France. Elle avait proposé un compromis, en limitant les ZFE aux seules agglomérations de Paris et Lyon avec des dérogations locales, mais cette option a été rejetée.
L’exécutif craint également un retour de bâton européen, puisque les ZFE faisaient partie des engagements pris dans le Plan national de relance et de résilience, financé par l’Union européenne.
Quelles conséquences si le texte est adopté définitivement ?
La suppression des ZFE doit encore passer par un vote final sur l’ensemble du projet de loi dans les jours à venir. Si elle est confirmée, cette décision pourrait entraîner une remise en cause des engagements climatiques de la France.
Selon une évaluation de la Direction générale du Trésor, l’abandon des ZFE pourrait coûter jusqu’à 3 milliards d’euros, en raison de potentielles sanctions européennes pour non-respect des conditions liées aux aides du plan de relance.
Une fracture entre écologie et territoires
Cette décision illustre une fracture de plus en plus visible entre la transition écologique et l’acceptabilité sociale des politiques publiques. Alors que l’urgence climatique reste un défi majeur, le rejet populaire de mesures contraignantes comme les ZFE met en lumière les tensions entre enjeux environnementaux, économiques et territoriaux.
Le débat est loin d’être clos.