Le 21 avril 2025, la justice américaine a ouvert une nouvelle phase dans le procès antitrust contre Google, un des plus grands dossiers technologiques de la décennie. Le gouvernement fédéral accuse l’entreprise de maintenir illégalement sa domination sur le marché de la recherche en ligne, grâce à une série d’accords jugés anticoncurrentiels.
Cette audience, tenue devant le tribunal fédéral de Washington, marque l’étape des « remèdes » : le moment où l’on débat des sanctions et des mesures correctives à imposer à Google.
Des pratiques commerciales dans le viseur de la justice
Au cœur du dossier, les contrats d’exclusivité que Google a passés avec des entreprises comme Apple, Samsung et Mozilla. Ces accords faisaient en sorte que Google devienne le moteur de recherche par défaut sur des centaines de millions d’appareils, réduisant considérablement la visibilité des concurrents. Le gouvernement estime que ce verrouillage du marché empêche une concurrence saine et viole les lois antitrust en vigueur.
Le juge Amit Mehta, en charge de l’affaire, avait déjà rendu une décision en 2024 affirmant que Google avait bien utilisé des moyens illégaux pour préserver son monopole. Il reste maintenant à définir les conséquences. Et elles pourraient être historiques.
Des mesures drastiques sur la table
Le Département de la Justice propose plusieurs scénarios de correction, allant de l’interdiction des accords exclusifs à une scission partielle de l’entreprise. L’une des suggestions les plus spectaculaires consiste à contraindre Google à vendre ou séparer son navigateur Chrome, un outil clé dans sa stratégie de captation de données et d’utilisateurs. L’objectif est de « démanteler » l’avantage structurel dont bénéficie Google sur l’ensemble de la chaîne de valeur du web.
Du côté de la défense, Google conteste fermement ces mesures, estimant qu’elles sont disproportionnées et dangereuses pour l’écosystème numérique. L’entreprise soutient que ses produits sont utilisés par choix et non par contrainte, et que les consommateurs bénéficient de services gratuits, rapides et efficaces.
Selon elle, une telle intervention étatique risquerait de brider l’innovation et d’introduire une complexité inutile pour les utilisateurs comme pour les développeurs.
Un procès aux enjeux mondiaux
Ce procès dépasse de loin les frontières américaines. Dans un monde de plus en plus connecté, la domination de Google sur la recherche en ligne influence l’accès à l’information dans toutes les démocraties. Une décision de justice forte pourrait inspirer d’autres régulateurs, notamment en Europe, où Google fait également l’objet de plusieurs enquêtes. Les grandes entreprises du numérique observent cette affaire avec attention, car elle pourrait redéfinir les règles du jeu pour l’ensemble du secteur.
L’administration Biden a affiché sa volonté de renforcer les règles antitrust face aux géants du numérique, perçus comme trop puissants et insuffisamment contrôlés. Si le juge Mehta donne raison au gouvernement, ce procès pourrait devenir un précédent fondamental dans la lutte contre les monopoles numériques. À l’inverse, une décision trop clémente serait interprétée comme un feu vert à la consolidation continue du pouvoir de la tech.
Une décision très attendue
La phase des débats devrait durer plusieurs semaines. Le jugement final, qui pourrait intervenir d’ici la fin de l’année, sera scruté par les milieux économiques, politiques et juridiques du monde entier. Si les mesures proposées sont validées, Google pourrait être contraint de modifier profondément sa manière de fonctionner, avec un impact immédiat sur ses revenus publicitaires, ses produits, et ses utilisateurs.
Dans tous les cas, le procès marque un tournant dans la régulation de l’économie numérique. Il met en lumière les défis que pose la domination d’une poignée d’acteurs sur les infrastructures de l’internet. Et il pose une question centrale : dans une démocratie, qui contrôle l’accès à l’information ?