Le jihadiste franco-algérien Mehdi Nemmouche, déjà condamné pour l’attentat du musée juif de Bruxelles, a été une nouvelle fois reconnu coupable de crimes particulièrement graves. Ce jeudi 21 mars 2025, la cour d’assises spéciale de Paris l’a condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de 22 ans, pour avoir séquestré et torturé des otages occidentaux et syriens entre 2013 et 2014 en Syrie, alors qu’il combattait dans les rangs du groupe État islamique.
Un procès long et éprouvant pour les anciens otages
Ce procès, ouvert en janvier à Paris, a donné la parole aux anciens otages du groupe État islamique. Parmi eux, les journalistes français Didier François, Édouard Elias, Nicolas Hénin et Pierre Torres, enlevés en Syrie et détenus pendant plusieurs mois dans des conditions inhumaines. Tous ont identifié Mehdi Nemmouche comme l’un de leurs geôliers, notamment surnommé « Abou Omar », réputé pour sa brutalité.
Les témoignages des ex-otages ont été d’une intensité rare, décrivant l’enfer des cellules souterraines de Raqqa, les privations, les humiliations et les tortures psychologiques et physiques. Didier François, figure reconnue du journalisme de guerre, a évoqué une « violence froide et méthodique », tandis que Nicolas Hénin a parlé de « souffrances quotidiennes infligées avec une volonté claire d’anéantissement moral ».
Un accusé provocateur jusqu’au bout
Tout au long des débats, Mehdi Nemmouche a maintenu une attitude provocante. Dans sa dernière déclaration avant le verdict, il a affirmé sans détour : « J’ai été un terroriste et je ne m’en excuserai jamais. » Une posture glaçante, en décalage complet avec l’attente d’un éventuel remords ou d’une prise de conscience, qui a renforcé la conviction du jury.
Cette condamnation marque une nouvelle étape dans le parcours judiciaire de Nemmouche, déjà lourdement chargé. En 2019, il avait été condamné à la perpétuité en Belgique pour l’attentat antisémite du musée juif de Bruxelles en 2014, qui avait coûté la vie à quatre personnes. Il s’agissait alors de l’un des premiers retours de combattants djihadistes en Europe.
Des coaccusés également condamnés
Aux côtés de Nemmouche, plusieurs autres accusés comparaissaient pour leur implication dans la séquestration des otages. Abdelmalek Tanem, autre Français passé par la Syrie, a été condamné à 22 ans de réclusion, avec une période de sûreté des deux tiers. Lui aussi a été reconnu comme un des gardiens violents de la prison clandestine.
Deux figures majeures de l’État islamique, présumées mortes, ont été jugées par contumace : Oussama Atar, considéré comme l’un des cerveaux des attentats de Paris et Bruxelles, et Salim Benghalem, cadre influent de l’EI, tous deux condamnés à la prison à vie. Enfin, Kais Al Abdallah, ancien numéro deux de l’organisation à Raqqa, a écopé de 20 ans de réclusion.
Un verdict salué par les parties civiles
À l’issue du verdict, les anciens otages ont exprimé un mélange de soulagement et de gravité. « C’est la fin d’une page commencée il y a plus de dix ans », a déclaré Nicolas Hénin, visiblement ému. Didier François a salué une décision « juste et cohérente avec les débats », tout en rappelant que la justice ne pouvait réparer l’indicible.
Pour l’avocat général, cette condamnation « envoie un signal fort : la France juge les crimes les plus graves, même lorsqu’ils ont été commis à des milliers de kilomètres ». Un message que les parties civiles espèrent dissuasif, dans un contexte où la question du retour et du jugement des djihadistes français reste hautement sensible.

