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Clap de fin pour Jennyfer : une icône de la mode jeune en liquidation judiciaire

Placée en liquidation judiciaire le 30 avril 2025, la marque Jennyfer s’effondre après des années de difficultés. Près de 1 000 salariés sont menacés, et le tribunal de commerce examine les offres de reprise.

jennyfer

C’est le tribunal de commerce de Bobigny qui a officialisé la nouvelle : la marque Jennyfer, renommée « Don’t Call Me Jennyfer », a été placée en liquidation judiciaire. L’annonce est tombée le mardi 30 avril 2025, marquant une étape dramatique pour cette enseigne emblématique de la mode adolescente française. Cette décision intervient moins d’un an après que la marque soit sortie d’un précédent redressement judiciaire, en juin 2024.

Une enseigne emblématique d’une génération

Fondée en 1984, Jennyfer a connu un immense succès dans les années 2000 en habillant toute une génération de jeunes filles avec des vêtements tendance à petits prix. En 2019, la marque a tenté de se renouveler en adoptant une nouvelle identité : « Don’t Call Me Jennyfer », avec une image plus audacieuse et inclusive.

Ce changement visait à dépoussiérer une image jugée dépassée. Mais malgré cette tentative de modernisation, la marque n’a pas su redresser la barre sur le plan économique.

Des causes structurelles et conjoncturelles

La direction de Jennyfer a invoqué plusieurs raisons à cette issue fatale :

  • Une hausse considérable des coûts, notamment dans les matières premières et les loyers commerciaux.
  • La baisse du pouvoir d’achat des jeunes consommateurs, frappés de plein fouet par l’inflation.
  • Des transformations profondes du marché du prêt-à-porter, avec la montée en puissance de la seconde main et des plateformes ultra-fast fashion comme Shein.
  • Une concurrence internationale féroce, difficile à égaler pour une enseigne aux marges déjà comprimées.

Résultat : une situation de cessation de paiement, qui a contraint l’entreprise à demander sa liquidation judiciaire.

Un précédent redressement judiciaire peu concluant

Jennyfer avait pourtant tenté une relance. En juin 2023, elle avait été placée en redressement judiciaire, ce qui avait mené à l’entrée d’un nouvel actionnaire et à un investissement de 15 millions d’euros. Cette opération avait permis une reprise temporaire de l’activité. Mais ces efforts n’ont pas suffi. En moins d’un an, l’entreprise s’est retrouvée de nouveau dans l’incapacité de faire face à ses échéances. La procédure de redressement s’est soldée par un échec.

La liquidation judiciaire de Jennyfer a des conséquences humaines lourdes : environ 999 salariés sont aujourd’hui menacés. La CGT a dénoncé une annonce « brutale et violente », estimant que l’État n’a pas suffisamment anticipé les difficultés rencontrées par l’enseigne. Les salariés sont plongés dans une grande incertitude. La plupart travaillaient dans les 120 magasins encore ouverts en France, principalement dans les centres commerciaux.

Une activité maintenue jusqu’au 28 mai

Le tribunal de commerce a autorisé la poursuite temporaire de l’activité jusqu’au 28 mai 2025, afin de permettre l’examen d’éventuelles offres de reprise. À ce jour, aucune solution globale n’est envisagée. Seules des reprises partielles de points de vente par d’autres enseignes de prêt-à-porter pourraient être possibles.

Mais le scénario d’un sauvetage intégral de l’entreprise semble hautement improbable, compte tenu de la situation financière.

Un symptôme d’une crise plus large

Le cas de Jennyfer n’est pas isolé. Depuis quelques années, le secteur du prêt-à-porter en France traverse une crise profonde. Des enseignes emblématiques comme Camaïeu, San Marina ou Kookaï ont également déposé le bilan. Le modèle économique basé sur des marges faibles et un renouvellement constant des collections ne tient plus dans un contexte de sobriété économique et de transformation des modes de consommation.

Les jeunes générations, autrefois cœur de cible de Jennyfer, privilégient désormais la seconde main, les achats en ligne, ou des marques plus responsables sur le plan écologique. Dans ce nouveau paysage, les acteurs historiques peinent à se réinventer rapidement, malgré des efforts parfois sincères.

Un adieu amer à une marque générationnelle

La fin de Jennyfer marque plus que la fermeture d’une chaîne de magasins. C’est la disparition d’une icône de la culture ado française, d’un repère familier dans les centres commerciaux, d’un passage obligé de nombreuses adolescentes vers l’affirmation de leur style. Pour beaucoup, Jennyfer symbolisait une époque, un rite de passage, une esthétique populaire et décomplexée. Sa liquidation judiciaire laisse un vide, tant économique que culturel, dans le paysage de la mode française.

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