Un capitaine de l’Office antistupéfiants de Marseille a été mis en examen pour « importation de stupéfiants en bande organisée », dans une affaire portant sur 400 kg de cocaïne. Une onde de choc secoue la police.
Un capitaine de l’Office antistupéfiants de Marseille a été mis en examen pour « importation de stupéfiants en bande organisée », dans une affaire portant sur 400 kg de cocaïne. Une onde de choc secoue la police.

Un capitaine de l’antenne marseillaise de l’Office antistupéfiants (Ofast) a été mis en examen le vendredi 14 juin 2025 pour des faits d’une extrême gravité, jetant une ombre inquiétante sur les pratiques internes de la police spécialisée. Selon le parquet de Paris, il est poursuivi pour « importation de stupéfiants en bande organisée », « trafic de stupéfiants », « faux en écriture publique » et « atteinte à l’intimité de la vie privée par captation d’images ».
Il a été placé sous contrôle judiciaire et suspendu de ses fonctions. L’enquête est confiée à un juge d’instruction.
Tout commence en février 2023, lorsqu’un signalement anonyme alerte sur une importation de cocaïne en provenance de Colombie, dissimulée dans un conteneur arrivé au port de Marseille et censée être surveillée dans le cadre d’une opération policière. L’objectif : démanteler un réseau de narcotrafiquants.
L’enquête révèle toutefois que 400 kg de cocaïne ont franchi les contrôles, soit plus du double des quantités anticipées. Les soupçons se sont alors portés sur une possible dissimulation volontaire.
Au fil des investigations, les services d’enquête ont mis au jour de nombreux échanges entre policiers, révélant une surveillance floue de l’opération. Au cœur des préoccupations, l’existence de 360 kg de cocaïne dont la trace s’est évaporée, sans consignation formelle. Les policiers en question auraient évoqué ces quantités sans les déclarer dans les procès-verbaux, ce qui a conduit à soupçonner des manœuvres de falsification des procédures.
L’unité de l’Ofast à Nanterre, saisie secondairement, aurait cessé de collaborer, face à ce qu’elle considérait comme un manque de transparence et de rigueur.
Le capitaine mis en cause, âgé de 45 ans, est décrit comme un officier expérimenté, en poste depuis plusieurs années à Marseille. Il bénéficiait jusqu’à présent d’une solide réputation dans la lutte contre les trafics de stupéfiants. Mais ses agissements dans cette affaire l’ont rattrapé.
Outre les soupçons de collusion ou de compromission, il est également accusé d’avoir capté et conservé des images non autorisées dans le cadre de cette opération, ce qui alourdit considérablement les charges pesant contre lui.
Ce capitaine n’est pas le premier à être inquiété dans cette affaire. Deux autres agents de la même antenne marseillaise avaient été mis en examen dès avril 2025, ce qui avait déclenché une enquête interne de l’IGPN. La police des polices, saisie par le ministère de l’Intérieur, cherche à déterminer s’il s’agit de défaillances individuelles ou d’un dysfonctionnement structurel plus large au sein de l’Ofast.
Le juge d’instruction pourrait rapidement élargir son champ d’investigation à d’autres membres de l’unité.
Cette affaire survient dans un climat particulièrement tendu à Marseille, où les trafics de drogue explosent et où plusieurs réseaux violents, notamment la « DZ Mafia », dominent le marché. La pression sur les forces de l’ordre est intense, et la tentation de court-circuiter les procédures ou d’agir en dehors des règles peut parfois s’infiltrer dans les rangs.
Cette mise en examen rouvre également de vieilles blessures, à l’image de l’affaire François Thierry, ancien patron de l’OCRTIS, dont le procès avait secoué la police antidrogue malgré son acquittement en 2024.
Au-delà des responsabilités individuelles, cette affaire fragilise profondément la crédibilité de l’Ofast, censée être la force d’élite dans la lutte contre les narcotrafiquants. Elle pose la question du contrôle hiérarchique, de la traçabilité des opérations, et surtout de la capacité à éviter les dérives internes.
Dans un contexte où l’opinion publique exige plus de transparence et d’intégrité, cette mise en examen marque un tournant. Il ne s’agit plus seulement de lutter contre les cartels, mais de garantir que l’appareil de l’État lui-même ne soit pas infiltré.