Des dizaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues de Belgrade ce samedi 15 mars pour dénoncer la corruption et la mauvaise gestion du gouvernement du président Aleksandar Vučić. La foule, composée de citoyens de tous horizons – étudiants, enseignants, agriculteurs et ouvriers – a exprimé son ras-le-bol face à une classe politique perçue comme opaque et irresponsable.
L’ampleur de la mobilisation, inédite depuis plusieurs années en Serbie, s’inscrit dans un climat de tensions croissantes. Ce mouvement de contestation a pris naissance en novembre dernier, à la suite de l’effondrement d’un auvent à la gare de Novi Sad, qui a coûté la vie à 15 personnes. Pour les manifestants, ce drame est le symbole d’un système gangrené par la corruption et l’incompétence.
Une contestation qui s’élargit
Si la colère populaire s’est d’abord cristallisée autour de cet accident tragique, elle s’est rapidement transformée en une remise en question plus large du régime en place. Les slogans dénonçant les abus de pouvoir, l’opacité des contrats publics et l’absence de justice indépendante ont fusé tout au long du cortège.
« Nous voulons un pays où les responsables rendent des comptes, pas une oligarchie qui s’enrichit sur notre dos », s’indigne Ivana, une enseignante de 42 ans venue de Novi Sad. À ses côtés, Marko, un jeune étudiant en droit, résume le sentiment général : « Si nous ne manifestons pas maintenant, rien ne changera jamais. »
Des tensions en marge du rassemblement
Si la manifestation s’est déroulée dans le calme, quelques incidents ont néanmoins été signalés. Un véhicule a percuté un groupe de manifestants, blessant trois personnes. Certains témoins évoquent également la présence de militants pro-Vučić, connus pour leur affiliation à des groupes paramilitaires et hooligans, tentant d’intimider les protestataires.
Les autorités, de leur côté, assurent que la situation est sous contrôle. Pourtant, le président Vučić a choisi la ligne dure en dénonçant une « tentative de déstabilisation orchestrée depuis l’étranger ». Une déclaration qui n’a fait qu’exacerber la colère des manifestants, déjà lassés par les accusations récurrentes du pouvoir contre des « agents occidentaux ».
L’UE appelle au calme, les manifestants restent mobilisés
Face à cette escalade, la communauté internationale suit la situation de près. L’Union européenne, partenaire clé de la Serbie, a appelé au respect des droits fondamentaux et à des élections libres et transparentes. De leur côté, les organisateurs du mouvement se disent déterminés à poursuivre la mobilisation jusqu’à ce que des changements concrets soient obtenus.
« Nous ne lâcherons rien », assure un porte-parole du collectif étudiant à l’origine des premières manifestations. « Le peuple serbe a trop longtemps souffert de la corruption et de l’impunité. Il est temps que cela cesse. »
Reste à savoir si le pouvoir en place entendra ce cri de révolte ou choisira la répression. Pour l’instant, la rue semble bien décidée à faire entendre sa voix.

