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Liquidation d’Aldebaran Robotics : des robots stars à la faillite judiciaire

La société française Aldebaran Robotics, pionnière de la robotique humanoïde avec ses robots Nao et Pepper, a été placée en liquidation judiciaire ce lundi 2 juin 2025 par le tribunal de commerce de Paris.

Aldebaran Robotics

Fondée en 2005 par Bruno Maisonnier, la société Aldebaran Robotics s’était rapidement imposée comme un acteur de référence dans le domaine de la robotique humanoïde. Elle s’est fait connaître avec Nao, un petit robot de 58 centimètres à l’allure expressive, adopté dans le monde entier pour l’éducation, la recherche et l’aide à l’autisme.

En 2014, l’entreprise avait lancé Pepper, un robot interactif destiné aux services à la personne et à l’accueil dans les commerces. Ces innovations avaient valu à Aldebaran une place de choix dans l’écosystème de la French Tech, incarnant l’excellence française dans les technologies de pointe.

Le rachat par SoftBank et la lente disparition de l’identité française

En 2012, Aldebaran est rachetée par le géant japonais SoftBank, qui y voit un potentiel stratégique pour renforcer sa division robotique. Si ce rachat apporte initialement un nouvel élan, il marque aussi un tournant : le siège est progressivement vidé de ses fonctions stratégiques, l’autonomie de la filiale française s’efface, et Bruno Maisonnier quitte l’entreprise en 2015.

En 2022, SoftBank se désengage à son tour, cédant Aldebaran à l’allemand United Robotics Group (URG). Ce nouveau propriétaire tente de relancer les ventes de Nao et Pepper, mais le repositionnement opéré reste timide et mal financé. Les effectifs chutent, et l’entreprise peine à trouver un second souffle.

Une procédure judiciaire inéluctable

En janvier 2025, Aldebaran est placée en procédure de sauvegarde, avant d’entrer en redressement judiciaire un mois plus tard. Deux offres de reprise sont déposées : celle de Jean-Marie Van Appelghem, entrepreneur franco-suisse souhaitant recentrer les robots sur l’accompagnement d’enfants autistes, et celle de Malik Bachouchi, un investisseur canadien.

Mais aucune des deux propositions ne convainc le tribunal, en raison de garanties financières jugées insuffisantes et d’un manque d’engagement clair sur la reprise des salariés. Le lundi 2 juin 2025, le tribunal de commerce de Paris prononce la liquidation judiciaire de la société, scellant définitivement son sort.

Un symbole brisé de la French Tech

Avec cette décision, 106 salariés encore présents dans l’entreprise sont licenciés. Les actifs de la société — notamment des stocks de robots Nao, des brevets et des outils industriels — seront mis en vente, mais leur valeur marchande est faible, selon les experts du dossier.

Cette fin brutale illustre les limites du soutien aux entreprises technologiques en France, notamment dans leur phase de croissance post-acquisition. Aldebaran, autrefois vitrine de l’innovation tricolore, n’a pas su ou pu résister à la perte de son ADN français, aux arbitrages financiers de ses repreneurs, et à un marché robotique qui reste encore difficilement rentable.

Un avenir incertain pour ses technologies

Si Nao et Pepper conservent une notoriété dans les milieux éducatifs et scientifiques, leur avenir est désormais incertain. Le risque est grand que ces technologies tombent dans l’oubli ou soient rachetées à bas prix par un acteur étranger, sans garantie de développement futur. Plusieurs anciens salariés appellent à ce qu’une partie de l’héritage d’Aldebaran soit préservée, notamment à travers la création d’un fonds ou d’un projet coopératif.

Mais le désintérêt général du marché pour les robots humanoïdes dans le grand public rend tout redémarrage extrêmement complexe. La France perd ici bien plus qu’une entreprise : elle perd un symbole de son ambition technologique.

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