Le 5 février 2025, le président du Paris Saint-Germain (PSG) et dirigeant du groupe médiatique BeIN Media, Nasser Al-Khelaïfi, a été mis en examen par la justice française dans le cadre de l’affaire Lagardère. Les chefs d’accusation portent sur des faits de « complicité d’achat de vote et d’atteinte à la liberté du vote » ainsi que « complicité d’abus de pouvoir ». L’affaire, qui remonte à 2018, met en lumière des liens complexes entre économie, politique et diplomatie, et pourrait avoir des répercussions considérables sur les investissements qataris en France.
Une affaire aux ramifications internationales
Cette mise en examen s’inscrit dans l’enquête menée sur les conditions du maintien d’Arnaud Lagardère à la tête du groupe éponyme, alors que son empire était en proie à des difficultés financières et à une contestation croissante de la part des actionnaires. Selon les investigations, Nasser Al-Khelaïfi aurait joué un rôle clé dans le soutien de Qatar Holding LLC à Arnaud Lagardère lors de l’assemblée générale du groupe en mai 2018. En échange, il aurait reçu la garantie que Jamal Benomar, un diplomate proche du Qatar, intégrerait le conseil de surveillance du groupe.
Les magistrats français soupçonnent donc une forme de troc d’influence, avec des enjeux à la fois économiques et politiques. Pour Arnaud Lagardère, ce soutien était stratégique : il lui permettait de conserver son statut de gérant commandité malgré les tensions avec d’autres actionnaires, notamment Vincent Bolloré. Pour le Qatar, maintenir Lagardère en place garantissait une influence sur un groupe médiatique possédant des titres majeurs comme Europe 1, Paris Match ou Le Journal du Dimanche.
Des accusations contestées
L’entourage de Nasser Al-Khelaïfi a rapidement réagi en qualifiant cette mise en examen d’« infondée » et en dénonçant une « cabale à motif politique ». Une source proche du dirigeant qatari a déclaré que cette affaire n’a « absolument et catégoriquement rien à voir avec lui » et que son nom est systématiquement « instrumentalisé en raison de sa notoriété ». Lors de son audition, le président du PSG a nié toute implication et a affirmé ne pas avoir eu d’influence dans cette affaire.
De son côté, Arnaud Lagardère, qui n’est pas mis en examen à ce stade, a également contesté toute irrégularité dans l’obtention des votes qataris en 2018. Son entourage rappelle que Qatar Holding LLC était déjà un actionnaire historique du groupe Lagardère et que son soutien s’inscrivait dans une logique industrielle et stratégique.
Une mise en examen aux conséquences lourdes
Cette affaire intervient dans un contexte de relations franco-qataries en mutation. Le Qatar, principal investisseur du PSG et d’autres secteurs stratégiques en France (immobilier, hôtellerie, médias), a réagi avec virulence. Selon des informations relayées par RMC Sport, Doha envisagerait de retirer certains de ses investissements en France, notamment dans le PSG et BeIN Sports, pour protester contre ce qu’il perçoit comme un acharnement judiciaire et politique contre ses ressortissants.
Le club parisien, déjà confronté à des incertitudes sportives et économiques, pourrait être directement impacté si le Qatar venait à revoir ses engagements financiers. BeIN Sports, qui joue un rôle central dans la diffusion du football français et européen, pourrait également être concerné par ces potentielles décisions stratégiques.
Un dossier explosif sur le plan politique
Cette mise en examen s’ajoute à d’autres enquêtes impliquant Nasser Al-Khelaïfi, notamment des accusations de corruption dans l’attribution des droits télévisés de certaines compétitions sportives internationales. Cependant, il s’agit de la première fois que le dirigeant qatari se retrouve directement inquiété dans une affaire impliquant un groupe médiatique français.
Du côté du gouvernement français, l’affaire est suivie avec attention. La présence du Qatar en France est perçue comme un atout économique et diplomatique, mais aussi comme une source de tensions récurrentes. Les autorités se retrouvent dans une posture délicate, entre la nécessité de respecter l’indépendance de la justice et la volonté de préserver des relations stratégiques avec un partenaire clé.
Vers une escalade judiciaire et diplomatique ?
La suite de l’affaire dépendra des évolutions de l’instruction. Si les juges d’instruction confirment les charges, Nasser Al-Khelaïfi pourrait se retrouver confronté à un procès très médiatisé. En revanche, si les accusations sont abandonnées, ce dossier pourrait renforcer la rhétorique du Qatar sur une prétendue hostilité à son égard en France.
Quoi qu’il en soit, cette mise en examen marque une étape importante dans l’affaire Lagardère et soulève de nombreuses questions sur les relations entre politique, médias et affaires. Elle pourrait également redéfinir le paysage des investissements qataris en France, avec des conséquences qui dépassent largement le cadre judiciaire.

