L’influenceuse franco-algérienne Sofia Benlemmane, très active sur TikTok et Facebook, a été condamnée ce mardi par le tribunal correctionnel de Lyon à neuf mois de prison avec sursis pour avoir proféré des menaces de mort sur les réseaux sociaux envers plusieurs opposants au régime algérien.
Des propos violents et haineux sur TikTok
Âgée de 54 ans, Sofia Benlemmane est suivie par plus de 350 000 abonnés sur les réseaux sociaux, où elle partage régulièrement son opinion politique. Depuis 2023, ses vidéos contiennent des propos particulièrement agressifs. Dans l’une d’elles, elle déclare notamment : « Nique ta mère toi et ta France ! » avant d’ajouter « J’espère que tu seras tuée, j’espère qu’ils vont te tuer ».
Ces propos, ciblant explicitement des opposants au régime algérien résidant en France, ont rapidement fait l’objet d’une enquête judiciaire après plusieurs signalements.
Une peine assortie de mesures strictes
Lors du procès, qui s’est déroulé au tribunal correctionnel de Lyon, le procureur avait requis une peine de douze mois de prison avec sursis, qualifiant ces menaces de « propos particulièrement graves, haineux, n’ayant aucune place dans une démocratie ». Finalement, Sofia Benlemmane a écopé de neuf mois avec sursis, assortis d’un sursis probatoire de deux ans avec exécution provisoire. Le tribunal a également imposé à l’influenceuse 200 heures de travail d’intérêt général à réaliser sous 18 mois.
Par ailleurs, les juges ont décidé la suspension pendant six mois de ses accès à TikTok et Facebook, interdisant strictement la création de nouveaux comptes durant cette période. La Franco-algérienne devra aussi indemniser financièrement quatre victimes qui s’étaient constituées parties civiles, en versant à chacune d’elles une somme de 500 euros.
Une affaire aux répercussions diplomatiques
Cette condamnation intervient dans un contexte diplomatique particulièrement sensible entre la France et l’Algérie. Les propos tenus par l’influenceuse reflètent, selon le procureur, une inquiétante montée du discours haineux sur internet, phénomène étroitement surveillé par les autorités françaises.
Réagissant avec ironie à l’issue de l’audience, Sofia Benlemmane a laissé entendre que sa condamnation avait un caractère politique, faisant un parallèle avec la récente condamnation en Algérie de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal. Elle sous-entend ainsi que les tensions politiques entre les deux pays pourraient influencer les décisions judiciaires en France.
La justice française face aux dérives sur internet
Cette affaire met également en lumière les défis auxquels fait face la justice française en matière de régulation des réseaux sociaux. En prononçant cette condamnation exemplaire, le tribunal de Lyon entend ainsi envoyer un message fort : la liberté d’expression ne saurait justifier ni légitimer des menaces de mort ou un discours incitant à la haine.
Ce jugement pourrait bien faire jurisprudence et encourager d’autres victimes de menaces sur internet à porter plainte, poussant la justice à intervenir plus régulièrement dans ce type d’affaires sensibles.