Light
Dark

France Médias recalé : Rachida Dati humiliée par un vote transpartisan

La réforme de l’audiovisuel public portée par Rachida Dati a été rejetée d’entrée à l’Assemblée nationale. Soutenue par le Sénat, la proposition est stoppée net, fragilisée par une majorité absente et une alliance surprise RN-gauche.

Rachida Dati

Lundi 30 juin 2025, l’Assemblée nationale a opposé un refus clair à la réforme de l’audiovisuel public défendue par Rachida Dati, ministre de la Culture. Le texte, qui prévoyait la création d’une holding baptisée France Médias, rassemblant France Télévisions, Radio France, l’INA et France Médias Monde, a été rejeté d’entrée de jeu par le vote d’une motion de rejet préalable.

Le verdict est sans appel : 94 députés ont voté pour la motion, contre 38 contre, mettant un terme immédiat à l’examen du projet.

Une alliance inattendue entre la gauche et le Rassemblement national

La surprise ne vient pas seulement du rejet lui-même, mais surtout de la coalition qui l’a permis. Les groupes de gauche (LFI, PS, Écologistes, PCF) ont trouvé un appui décisif auprès du Rassemblement national, qui a voté pour la motion déposée par les socialistes. Cette alliance de circonstance a surpris jusque dans l’hémicycle.

Alors que la gauche dénonçait une réforme « technocratique » et « dangereuse pour l’indépendance » du service public, le RN, de son côté, affirmait s’opposer à une « concentration excessive » des médias. Rachida Dati a fustigé un vote « d’opportunité politicienne » qui, selon elle, n’a rien à voir avec le fond du texte.

Une majorité présidentielle défaillante et absente

Autre fait marquant de cette séquence parlementaire : la faible mobilisation des députés de la majorité. Moins de 25 % du groupe Renaissance était présent dans l’hémicycle au moment du vote, affaiblissant considérablement les chances de défendre le texte. Ce désengagement de la majorité interroge, alors même que le projet avait été validé au Sénat en première lecture et soutenu par l’Élysée.

Rachida Dati, visiblement irritée, a dénoncé une « erreur stratégique » et prévenu que « l’indépendance du service public ne se protège pas par l’immobilisme ».

Un projet controversé depuis le début

Présentée comme une mesure de modernisation, la réforme visait à créer une structure unique de gouvernance, censée offrir une meilleure cohérence stratégique face à la concurrence des plateformes privées et des géants du numérique. Le projet France Médias était inspiré de modèles étrangers, notamment la BBC.

Mais ses critiques ont été nombreuses : syndicats inquiets d’une perte d’autonomie, parlementaires redoutant une centralisation excessive, journalistes dénonçant une possible atteinte à l’indépendance éditoriale. Plusieurs médias du service public sont d’ailleurs en grève reconductible depuis l’annonce du texte.

Un texte qui rebondira au Sénat

Malgré cette lourde défaite politique à l’Assemblée, le texte n’est pas enterré définitivement. Il repart maintenant en deuxième lecture au Sénat, où il avait été adopté sans grandes difficultés. La ministre a indiqué qu’elle comptait faire évoluer la version initiale en concertation avec les parties prenantes, et se dit confiante pour une future adoption.

Reste à savoir si un nouvel équilibre politique pourra être trouvé pour espérer une approbation à l’Assemblée lors d’une prochaine navette parlementaire.

L’indépendance du service public au cœur des tensions

Cette réforme avortée met en lumière une fracture politique sur la vision de l’audiovisuel public. D’un côté, ceux qui veulent rationaliser, centraliser, et rendre les entités publiques plus compétitives. De l’autre, ceux qui voient dans cette restructuration un risque pour la pluralité des voix, la liberté de ton journalistique et la diversité des antennes.

Les syndicats de Radio France et France Télévisions ont salué ce rejet comme « une victoire temporaire », appelant à la vigilance. En parallèle, plusieurs salariés du secteur exigent l’abandon pur et simple du projet France Médias.

Une ministre affaiblie, mais pas résignée

Si le rejet parlementaire constitue un revers cinglant pour Rachida Dati, la ministre de la Culture ne compte pas en rester là. Dans une déclaration faite à l’issue du vote, elle a affirmé que « cette réforme n’est pas une option, mais une nécessité ».

Une manière de dire que le combat politique ne fait que commencer. Elle peut encore compter sur le soutien de l’exécutif, bien que le signal envoyé par les députés, y compris de sa propre majorité, soit perçu comme une forme de désaveu.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Alerte info

Dernières news

L'info politique

Articles les plus lus

Dernières vidéos