La justice a relaxé l’enseignante accusée de harcèlement dans l’affaire Evaëlle, une collégienne de 11 ans suicidée en 2019. Une décision qui suscite l’incompréhension de ses parents, bien décidés à faire appel.
La justice a relaxé l’enseignante accusée de harcèlement dans l’affaire Evaëlle, une collégienne de 11 ans suicidée en 2019. Une décision qui suscite l’incompréhension de ses parents, bien décidés à faire appel.

Le 10 avril 2025, le tribunal correctionnel de Pontoise a rendu un verdict très attendu dans l’affaire du suicide d’Evaëlle, 11 ans, survenu en juin 2019 à Herblay-sur-Seine (Val-d’Oise). Pascale B., professeure de français de la collégienne, accusée de harcèlement moral ayant contribué à son passage à l’acte, a été relaxée. La décision a provoqué une vive émotion, tant au sein du public que chez les parents de la victime, qui dénoncent un déni de justice.
Après plusieurs heures d’audience, le tribunal a estimé que les éléments à charge contre l’enseignante étaient « discordants, indirects, peu circonstanciés », ou relevaient de « comportements adaptés et légitimes s’agissant de l’autorité dont doit faire preuve un enseignant en classe ». Si le ministère public avait requis 18 mois de prison avec sursis et une interdiction définitive d’enseigner, les juges n’ont pas retenu les faits de harcèlement moral.
Cette relaxe intervient dans un contexte particulièrement sensible, alors que la France renforce depuis 2022 sa législation contre le harcèlement scolaire, désormais reconnu comme un délit.
Dans les minutes qui ont suivi le verdict, les parents d’Evaëlle ont exprimé leur colère et leur incompréhension. « Ce n’est pas acceptable. On ne peut pas laisser dire qu’Evaëlle a inventé ce qu’elle a subi », a déclaré sa mère, la voix brisée par l’émotion. La famille a annoncé faire appel sur le volet civil et espère que le parquet décidera également de faire appel sur le plan pénal.
Elle pointe du doigt le rôle de l’Éducation nationale, qu’elle accuse d’inaction malgré des signalements explicites avant le drame.
L’affaire a mis en lumière le climat scolaire que traversait la jeune Evaëlle. Collégienne brillante, elle avait été changée d’établissement à la suite d’un premier épisode de harcèlement, mais avait rapidement signalé de nouveaux problèmes dans son nouvel environnement scolaire. Deux camarades de classe doivent par ailleurs être prochainement jugés devant le tribunal pour enfants pour des faits de harcèlement.
Selon ses parents, Evaëlle avait décrit à plusieurs reprises une atmosphère pesante en classe, des remarques humiliantes et des comportements vexatoires, parfois émanant de l’enseignante. Ce sont ces éléments qui ont conduit à l’ouverture d’une enquête, puis à la mise en cause de Pascale B., qui a toujours nié toute intention malveillante.
L’onde de choc provoquée par cette affaire dépasse le simple cadre judiciaire. L’émotion suscitée par le suicide d’une enfant si jeune a profondément marqué l’opinion publique et relancé le débat sur les responsabilités dans les situations de harcèlement scolaire. De nombreux enseignants s’inquiètent également des conséquences de telles accusations sur l’exercice de leur autorité, tandis que les familles de victimes demandent une prise en compte plus rigoureuse des signaux d’alerte.
Dans un pays où la lutte contre le harcèlement est devenue une priorité nationale, cette décision de justice interroge. Si elle rappelle la nécessité de preuves solides pour établir la culpabilité, elle met aussi en lumière le décalage entre le vécu des familles et la rigueur du droit. L’affaire Evaëlle pourrait bien devenir un tournant dans la manière dont la justice et l’école abordent ces drames silencieux.
Si vous êtes victime ou témoin de harcèlement scolaire, ne restez pas seul(e). Des dispositifs d’écoute et de soutien existent. En France, vous pouvez contacter le 3020, numéro gratuit, confidentiel et ouvert du lundi au vendredi de 9h à 20h, et le samedi de 9h à 18h. Pour les situations de cyberharcèlement, le 3018 est également disponible.
Briser le silence peut sauver des vies.