Selon une étude de l’ADAN menée avec Deloitte et Ipsos, l’intérêt des Français pour les cryptomonnaies est en net recul en 2025. Baisse des détenteurs, frilosité financière et incertitude réglementaire en sont les principales causes.
Selon une étude de l’ADAN menée avec Deloitte et Ipsos, l’intérêt des Français pour les cryptomonnaies est en net recul en 2025. Baisse des détenteurs, frilosité financière et incertitude réglementaire en sont les principales causes.

En avril 2025, l’Association pour le Développement des Actifs Numériques (ADAN) a publié, avec le concours de Deloitte et Ipsos, sa quatrième étude annuelle consacrée à l’état des crypto-actifs et du Web3 en France et en Europe. Cette édition se distingue par un constat inédit : l’engouement pour les cryptomonnaies recule pour la première fois depuis trois ans en France. Alors que 12 % des Français déclaraient détenir des crypto-actifs en 2024, ils ne sont plus que 10 % en 2025, selon les résultats de l’enquête.
Ce recul n’est pas anecdotique. L’étude révèle que 13 % des Français ont déjà possédé des cryptomonnaies, mais seuls 9 % en détiennent encore. Si la France semble marquer le pas, d’autres pays européens poursuivent leur dynamique d’adoption, mettant en lumière un retard relatif de la France dans la démocratisation du Web3.
Cette perte de vitesse s’accompagne également d’un repli dans l’exposition financière. En moyenne, les investisseurs consacrent désormais 15 % de leur épargne aux actifs numériques, soit une baisse de 6 points par rapport à 2024.
L’étude confirme un désengagement progressif des profils les plus exposés : en 2024, 10 % des investisseurs allouaient plus de la moitié de leur épargne aux crypto-actifs. Ils ne sont plus que 4 % en 2025. La prudence gagne donc du terrain, et 81 % des investisseurs déclarent aujourd’hui avoir placé moins de 5 000 euros, contre 73 % un an auparavant.
Ces données traduisent une reconfiguration du rapport des particuliers au risque dans un contexte économique globalement plus incertain.
Plusieurs facteurs expliquent cette baisse d’intérêt. Le premier, évident, tient à la volatilité persistante des marchés. Depuis janvier, le Bitcoin a chuté de plus de 25 %, passant sous la barre des 75 000 dollars. Cette instabilité renforce les réticences, notamment chez les nouveaux entrants. À cela s’ajoute l’incertitude réglementaire : si le règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets) promet de structurer le marché à l’échelle européenne, il reste difficile à appliquer concrètement en France, où les agréments se font attendre.
Le frein bancaire pèse aussi lourd : nombre d’entreprises du Web3 peinent à se bancariser, en raison d’une méfiance persistante des établissements traditionnels. Ce climat tendu n’encourage ni les entrepreneurs, ni les particuliers à se projeter dans l’univers des crypto-actifs.
Malgré cette inflexion, tout n’est pas noir. 94 % des détenteurs actuels affirment vouloir continuer à investir dans les cryptomonnaies en 2025. De plus, un tiers des Français déclarent envisager un premier investissement dans l’année à venir. Cette dichotomie révèle une réalité plus nuancée : le désintérêt touche davantage les détenteurs occasionnels que les convaincus.
Le développement des offres par des acteurs institutionnels, comme Revolut ou d’autres banques en ligne, contribue par ailleurs à normaliser et sécuriser l’accès au marché, un facteur qui pourrait jouer en faveur d’un regain d’intérêt à moyen terme.
Le ralentissement observé en France n’est pas forcément un signe de déclin, mais un signal d’alerte : le pays accuse un retard dans la démocratisation des usages et de l’investissement crypto. Pour inverser cette tendance, la clarté réglementaire, l’accès aux services bancaires et la formation des investisseurs apparaissent comme des leviers prioritaires.
En définitive, l’étude de l’ADAN dresse le portrait d’un marché en transition, tiraillé entre désillusion et potentiel. Si les signes d’essoufflement sont clairs, la vitalité du secteur et l’intérêt latent du grand public laissent entrevoir une possible reprise, à condition que l’écosystème gagne en maturité et en accessibilité.