Les sites Pornhub, YouPorn et RedTube suspendent l’accès à leurs contenus en France dès le 5 juin 2025, en protestation contre l’obligation de vérification d’âge imposée par la loi pour protéger les mineurs.
Les sites Pornhub, YouPorn et RedTube suspendent l’accès à leurs contenus en France dès le 5 juin 2025, en protestation contre l’obligation de vérification d’âge imposée par la loi pour protéger les mineurs.

À compter du mercredi 4 juin 2025, les sites Pornhub, YouPorn et RedTube ne seront plus accessibles depuis la France. Ces trois géants de l’industrie pornographique, tous détenus par le groupe canadien Aylo, ont décidé de suspendre volontairement leurs services dans l’Hexagone pour protester contre une législation française qu’ils jugent disproportionnée.
Cette décision marque un tournant dans le bras de fer entre l’État français et les plateformes pour adultes autour de la vérification obligatoire de l’âge des utilisateurs.
Depuis mars 2025, les sites pornographiques doivent obligatoirement vérifier que leurs visiteurs sont majeurs, sous peine de sanctions. Ce dispositif s’inscrit dans une volonté du gouvernement de mieux protéger les mineurs contre l’exposition à des contenus pornographiques, conformément à une décision du Conseil d’État rendue en juillet 2023.
Plusieurs tentatives de régulation avaient déjà échoué par le passé, notamment en raison de la difficulté technique à imposer cette contrainte aux acteurs étrangers. Désormais, la législation s’applique même aux plateformes basées hors de France, ce qui oblige tous les sites concernés à s’y conformer.
Dans un communiqué, le groupe Aylo (ex-MindGeek) dénonce une obligation “déraisonnable, disproportionnée et inefficace”. La firme critique notamment le manque de clarté sur les méthodes jugées conformes, et souligne les risques pour la vie privée des utilisateurs.
Pour Aylo, l’obligation actuelle pousse les internautes à transmettre des données sensibles (comme une pièce d’identité ou un justificatif d’âge), ce qui pourrait entraîner un rejet massif de ces plateformes ou une fuite vers des sites non réglementés.
Plutôt que de procéder à une vérification à l’entrée des sites, Aylo propose une solution technique déportée : faire reposer la vérification d’âge sur les systèmes d’exploitation ou navigateurs comme ceux de Google, Apple ou Microsoft. Selon l’entreprise, ces géants du numérique disposent déjà de données d’âge via les comptes utilisateurs, et pourraient fournir cette information de manière anonyme et sécurisée, sans exposer les données personnelles des visiteurs.
Une piste qui, pour l’heure, ne fait pas consensus et n’a pas été retenue par le gouvernement français.
Du côté des autorités françaises, la réaction est sans appel. Clara Chappaz, ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, a rappelé que protéger les enfants ne doit pas être négociable. Elle estime que les plateformes qui refusent de se conformer à la loi prennent leurs responsabilités en se retirant du marché.
Aurore Bergé, ministre déléguée à l’Égalité entre les femmes et les hommes, a même salué cette coupure : « Tant mieux ! Il y aura moins de contenus violents, dégradants, humiliants accessibles aux mineurs en France. Au revoir. »
À partir de mercredi, les internautes français qui tenteront d’accéder aux trois sites bloqués verront s’afficher une page d’accueil inédite, remplaçant les contenus habituels par le célèbre tableau « La Liberté guidant le peuple » d’Eugène Delacroix. Cette image, accompagnée d’un message explicatif, est censée incarner la protestation d’Aylo au nom de la liberté d’accès des adultes à des contenus légaux. La symbolique est forte, mais ne masque pas les enjeux plus profonds du débat.
Cette suspension pourrait avoir plusieurs effets. À court terme, les internautes français pourraient chercher des alternatives sur d’autres plateformes ou recourir à des outils de contournement comme les VPN. Mais à plus long terme, elle pourrait réduire l’audience de ces géants, au bénéfice de sites moins connus ou non régulés.
Par ailleurs, cela interroge sur la faisabilité technique d’un Internet à plusieurs vitesses, dans lequel certains pays n’ont pas accès aux mêmes contenus que d’autres.
La décision d’Aylo pourrait faire des émules. D’autres plateformes pornographiques, qui n’ont pas encore réagi publiquement, pourraient suivre le mouvement. D’un autre côté, une négociation avec les autorités françaises reste possible, surtout si une solution technique respectueuse de la vie privée et conforme à la loi venait à émerger. Le bras de fer est donc loin d’être terminé.
Une chose est sûre : la bataille entre liberté numérique, protection des mineurs et souveraineté réglementaire s’intensifie. La France pourrait devenir un cas d’école européen dans la lutte contre l’exposition précoce à la pornographie sur Internet.