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Manifestations antiracistes : entre mobilisation et divisions politiques

manifestation anti racisme

Plusieurs milliers de personnes ont défilé ce samedi 22 mars à Paris et dans d’autres grandes villes françaises pour dénoncer le racisme et les violences policières. Un appel à manifester lancé par plusieurs associations, syndicats et partis de gauche. Mais cette journée de mobilisation, censée rassembler largement, a été entachée par une nouvelle polémique liée à une affiche diffusée par La France Insoumise (LFI), qui a provoqué un malaise jusque dans son propre camp.

Une mobilisation antiraciste nationale

À Paris, le cortège est parti de la place de la République à 14 heures, à l’appel de plus de 130 organisations, dont le collectif Vérité et Justice pour Adama, la CGT, Solidaires, Attac, le NPA et des partis politiques de gauche. Le mot d’ordre : lutter contre le racisme systémique, les violences policières et l’impunité.

À Marseille, Lyon, Nantes, Lille ou encore Toulouse, des manifestations similaires ont réuni plusieurs centaines de personnes. Les slogans contre le gouvernement, Gérald Darmanin, la loi immigration et la « chasse aux sans-papiers » ont rythmé les cortèges.

L’objectif de ces rassemblements était aussi de remettre au centre du débat la question des violences racistes et discriminatoires, dans un contexte où la loi immigration, adoptée fin 2023, continue de susciter une vive contestation dans les milieux militants.

Une affiche qui ravive les tensions à gauche

Mais l’unité espérée a été fragilisée par la publication, quelques jours avant la manifestation, d’une affiche polémique par La France Insoumise. Sur ce visuel, diffusé dans le cadre de la campagne antiraciste, figuraient les portraits de plusieurs personnalités politiques, syndicales et médiatiques, accusées de « ne rien dire » face au racisme. Parmi elles : Fabien Roussel (PCF), Laurent Berger (ex-CFDT), Bernard Cazeneuve, Olivier Faure (PS), ou encore la journaliste Ruth Elkrief.

L’affiche, jugée violente et accusatoire, a suscité une vague d’indignation, y compris au sein de la gauche. Olivier Faure a dénoncé un procédé « indigne ». Fabien Roussel a accusé LFI d’« hystériser le débat ». Même certains députés insoumis ont exprimé leur malaise, comme Clémentine Autain, qui a regretté une démarche contre-productive.

Une gauche en ordre dispersé

Résultat : alors que tous les partis de gauche soutenaient la mobilisation sur le fond, leur présence dans les cortèges a été très inégale. Les représentants du Parti socialiste ont préféré manifester à Marseille, à distance de LFI. Le Parti communiste a été très discret. Europe Écologie-Les Verts s’est aussi distancié, tout en appelant à participer.

Seule LFI s’est montrée en force à Paris, avec la présence remarquée de Jean-Luc Mélenchon, Danièle Obono, ou encore Louis Boyard. Le parti a défendu l’affiche comme une interpellation politique légitime, estimant que « le silence sur le racisme est une complicité ».

Mais pour nombre d’observateurs, cette stratégie clivante dessert la cause en divisant inutilement les forces qui devraient, au contraire, s’unir face à la montée de l’extrême droite et aux politiques migratoires jugées répressives.

Des collectifs en première ligne

Malgré ces tensions, les collectifs de victimes et les associations antiracistes ont occupé le devant de la scène dans les manifestations. Assa Traoré, figure du combat pour Adama Traoré, a pris la parole à Paris pour rappeler que « le racisme tue, blesse, exclut », et que la mobilisation devait rester centrée sur les premières personnes concernées.

Des pancartes exigeaient la régularisation des sans-papiers, l’abolition des violences policières et des mesures concrètes contre les discriminations. De nombreux jeunes, issus des quartiers populaires, ont défilé en tête de cortège, souvent loin des tractations et polémiques partisanes.

Une fracture persistante à gauche

Cette journée aura donc montré à la fois la vitalité du mouvement antiraciste en France, et les faiblesses d’une gauche incapable de parler d’une seule voix sur ces enjeux. La question du racisme systémique, de son instrumentalisation politique, mais aussi des formes de lutte et de leur réception dans l’opinion, restent des sujets de clivage.

À moins de quinze mois de l’élection présidentielle, cette division pourrait coûter cher à une gauche déjà en mal de cohérence stratégique. Pour l’heure, la question reste entière : comment construire un front antiraciste large et efficace sans tomber dans les guerres internes ?

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