Marco Rubio, secrétaire d’État américain depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, a entamé une visite officielle à Paris ce jeudi. Objectif : raviver les canaux diplomatiques avec l’Europe sur trois fronts géopolitiques majeurs, l’Ukraine, l’Iran et Gaza. Reçu par Emmanuel Macron et le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, Rubio cherche à convaincre que les États-Unis veulent jouer un rôle actif dans la stabilisation du monde, malgré les tensions suscitées par les orientations de la nouvelle administration.
L’Ukraine au cœur des discussions : vers une relance des négociations de paix ?
Près de trois ans après l’invasion russe, le conflit en Ukraine s’enlise, avec des lignes de front relativement figées et une guerre d’usure qui pèse lourdement sur la population et les infrastructures. Selon plusieurs sources diplomatiques, Marco Rubio est venu relayer les efforts de son envoyé spécial, Steve Witkoff, pour relancer un dialogue entre Moscou et Kyiv. Des discussions avaient déjà eu lieu en Arabie saoudite, et Witkoff a rencontré Vladimir Poutine récemment pour tester la volonté russe de négocier.
Un accord partiel pour suspendre les frappes sur les infrastructures énergétiques ukrainiennes aurait été envisagé, mais les conditions imposées par la Russie, notamment l’arrêt de la mobilisation militaire ukrainienne et la fin des livraisons d’armes occidentales, restent inacceptables pour Kyiv. Rubio a affirmé à Paris que « toute négociation sérieuse devra inclure l’Ukraine et ses alliés européens ».
L’Iran et le retour des pressions américaines
Autre sujet brûlant : le programme nucléaire iranien. Depuis février, Washington a réimposé des sanctions sévères contre Téhéran, rompant avec la stratégie plus conciliante adoptée sous la présidence Biden. Des pourparlers indirects ont récemment eu lieu à Oman, et une nouvelle réunion est prévue à Rome.
À Paris, Marco Rubio a tenu une ligne ferme : si aucune avancée n’est obtenue, Trump envisage de recourir à une option militaire pour empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire. Ce durcissement marque une rupture nette avec l’accord de 2015 (JCPOA), dont les États-Unis s’étaient déjà retirés une première fois en 2018. La diplomatie française, soucieuse de maintenir des canaux ouverts avec Téhéran, accueille ces discussions avec prudence, craignant une escalade dans la région.
Gaza : reconstruire pour stabiliser
Enfin, le dossier du Moyen-Orient, et en particulier la situation à Gaza, figure également en bonne place dans l’agenda de Rubio. Après plusieurs mois de conflit intense entre Israël et le Hamas, un cessez-le-feu fragile est en vigueur. Washington y voit une opportunité de repenser la gouvernance de Gaza, et Rubio a déclaré que les États-Unis étaient prêts à « rendre Gaza belle à nouveau » en soutenant des efforts de reconstruction.
Cette vision est toutefois conditionnée à un changement de leadership local, ce qui fait craindre à certains observateurs une nouvelle forme d’ingérence américaine. À Paris, le secrétaire d’État a cherché à rassurer : l’administration Trump soutiendra une solution durable, en coopération avec les partenaires européens et régionaux.
Méfiance européenne et volonté d’apaisement
Si la France a accueilli cette visite comme un signal de dialogue transatlantique, les vieux doutes persistent en Europe sur la stratégie de Trump, notamment vis-à-vis de la Russie et de l’OTAN. Plusieurs diplomates redoutent que Washington n’ouvre la voie à des concessions trop larges à Moscou, ou qu’il s’éloigne d’une défense collective.
Marco Rubio s’est efforcé de rassurer ses homologues français en soulignant l’importance du partenariat stratégique avec l’Europe et la nécessité de maintenir une coordination étroite sur les grands dossiers globaux. Il a promis que les décisions ne seraient pas prises unilatéralement, mais « avec l’Europe, pour l’Europe et au nom de la stabilité mondiale ».