Joël Le Scouarnec, ex-chirurgien de 74 ans, a été condamné à 20 ans de réclusion pour des crimes sexuels sur 299 patients. Un procès hors norme, révélant des décennies de silence et d’inaction.
Joël Le Scouarnec, ex-chirurgien de 74 ans, a été condamné à 20 ans de réclusion pour des crimes sexuels sur 299 patients. Un procès hors norme, révélant des décennies de silence et d’inaction.

Le verdict est tombé ce mercredi 28 mai 2025 : Joël Le Scouarnec, ancien chirurgien de 74 ans, a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle par la cour criminelle du Morbihan. Il était poursuivi pour 111 viols et 188 agressions sexuelles commis entre 1989 et 2014 sur 299 patients, principalement mineurs, dans plusieurs hôpitaux de l’ouest de la France.
Ce procès, sans précédent en France par son ampleur en matière de pédocriminalité, met un point final à plus de trois décennies de crimes restés trop longtemps impunis.
Durant trois mois, 122 médias dont 48 étrangers ont couvert ce procès à l’ampleur exceptionnelle. Chaque jour, les témoignages glaçants de victimes et les confrontations avec l’accusé ont révélé l’ampleur du silence et des failles institutionnelles. Le Scouarnec a reconnu l’intégralité des faits, y compris certaines agressions non poursuivies pour cause de prescription.
Il a également avoué avoir abusé de sa propre petite-fille, une révélation qui a bouleversé la salle d’audience.
L’enquête menée après son interpellation en 2017 avait mis au jour un enfer insoupçonné. Plus de 300 000 images et vidéos pédopornographiques ont été retrouvées chez lui, ainsi que des carnets manuscrits dans lesquels il consignait méticuleusement ses actes, souvent avec les noms des victimes, leurs âges, et les circonstances.
Des preuves qui ont permis d’identifier de nombreuses victimes supplémentaires au fil des investigations.
La cour n’a pas prononcé de rétention de sûreté, une mesure qui permet de maintenir un condamné en détention après sa peine s’il présente un risque élevé de récidive. Son âge avancé et sa volonté affichée de réparation ont été jugés incompatibles avec cette mesure.
Une décision qui suscite de vives critiques de la part des associations de victimes, qui espéraient une sanction plus lourde et une vigilance accrue quant à la dangerosité de l’homme.
Pour les parties civiles, la condamnation est vécue comme « le minimum » attendu, mais elle reste insuffisante au regard de l’ampleur des souffrances infligées. Plusieurs d’entre elles ont dénoncé l’inaction de l’administration hospitalière, alors que des alertes avaient été lancées dès 2005.
Ce dossier met une fois encore en lumière les carences systémiques dans le signalement et le traitement des violences sexuelles, notamment dans les milieux médicaux.
Alors que la décision de la cour vient clore ce procès historique, de nouvelles accusations continuent d’émerger. Un troisième procès est déjà envisagé, tant les ramifications de l’affaire paraissent encore inexplorées. Les enquêteurs poursuivent leurs investigations, notamment autour de nouveaux témoignages reçus depuis l’ouverture du procès.
L’affaire Le Scouarnec restera comme un jalon terrible de la pédocriminalité en France. Elle symbolise à la fois l’horreur, la faillite de la vigilance institutionnelle et l’importance d’une parole libérée. Pour les centaines de victimes, cette condamnation est une étape, mais le chemin vers la réparation reste long.