Le gel de la part collective du Pass Culture, annoncé le 31 janvier 2025, a suscité une vive réaction parmi les enseignants et les responsables d’établissements scolaires. Ce dispositif, qui permettait aux élèves de bénéficier de sorties culturelles et d’ateliers artistiques financés par l’État, se retrouve suspendu, menaçant des milliers de projets éducatifs. Alors que la ministre de l’Éducation nationale est entendue à l’Assemblée nationale ce mercredi, le corps enseignant espère encore un revirement du gouvernement.
Un dispositif essentiel pour l’accès à la culture en milieu scolaire
Depuis son extension aux collégiens et lycéens en 2022, la part collective du Pass Culture avait permis aux établissements scolaires d’organiser des sorties au musée, des projections de films, des rencontres avec des artistes ou encore des interventions culturelles en classe.
Son fonctionnement était simple : les collèges et lycées recevaient entre 25 et 30 euros par élève, une enveloppe budgétaire qu’ils pouvaient utiliser pour financer ces activités. Mais avec la suspension soudaine de ce financement, nombre de ces initiatives se retrouvent compromises.
« Nous avions prévu d’emmener plusieurs classes voir des spectacles et visiter des expositions. Aujourd’hui, tout est remis en cause », déplore Marie Tamboura, principale du collège Césaria Evora à Montreuil. « Ce dispositif permettait à nos élèves d’accéder à des formes d’art qu’ils n’auraient jamais découvertes autrement. »
Un choc pour les enseignants et les élèves
Dans de nombreux établissements, l’annonce a été brutale. Les enseignants, qui s’étaient appuyés sur ces financements pour programmer des activités culturelles, se retrouvent dans l’incertitude.
« C’est une vraie catastrophe », s’indigne Guillaume, professeur d’histoire-géographie en Ardèche. « Faire des économies sur la culture, ce n’est jamais une bonne idée, surtout en zone rurale où l’offre est déjà limitée. » Il explique que plusieurs visites et ateliers prévus devront être annulés, faute de moyens pour les financer.
Les élèves eux-mêmes ne cachent pas leur déception. « On devait aller visiter un musée à Lyon, c’était la première fois que j’allais voir une vraie exposition d’art », raconte Lina, élève de troisième. « On nous dit maintenant que ça pourrait être annulé. C’est vraiment nul. »
Dans les milieux défavorisés, cette mesure risque d’aggraver les inégalités d’accès à la culture. « Quand on vit loin des grandes villes, on n’a pas toujours la possibilité d’aller au théâtre ou au cinéma », souligne Fouad, père d’un élève en Seine-Saint-Denis. « Sans ce Pass Culture, comment mes enfants pourront-ils découvrir autre chose que ce qu’ils voient sur leur téléphone ? »
Des projets menacés dans tout le pays
Le gel du Pass Culture collectif concerne des milliers d’établissements à travers la France. Dans certains lycées, les enseignants espèrent pouvoir maintenir des activités grâce à d’autres financements, mais pour beaucoup, les options restent limitées.
« Nous avons engagé des partenariats avec des artistes et des compagnies de théâtre. Que devons-nous leur dire maintenant ? Que l’État nous lâche en plein milieu de l’année ? », s’interroge Nathalie, professeure de lettres en région parisienne.
Selon les chiffres du ministère de la Culture, des centaines de milliers d’élèves bénéficiaient chaque année de ce dispositif. Désormais, une large part d’entre eux pourraient être privés d’accès aux activités culturelles prévues.
Une décision dans un contexte de restrictions budgétaires
Le gouvernement justifie ce gel par la nécessité de faire des économies et de réévaluer l’efficacité du dispositif. La ministre de la Culture, Rachida Dati, a récemment évoqué une « réorientation nécessaire » du Pass Culture afin de mieux cibler les jeunes issus de milieux modestes.
Mais pour les enseignants, cette justification ne tient pas. « Si le problème est que certains jeunes ne l’utilisaient pas, pourquoi supprimer la partie qui bénéficiait à tous ? », s’interroge un syndicat enseignant. « On enlève un accès collectif à la culture pour le remplacer par… rien du tout. »
À l’Assemblée nationale, la ministre de l’Éducation Gabriel Attal devra répondre aux questions des députés sur cette suspension. De nombreux élus de l’opposition dénoncent une réduction du budget de la culture qui touche en priorité les jeunes et les classes populaires.
Vers un possible revirement ?
Face à la contestation, le ministère de l’Éducation a tenté de calmer le jeu en précisant que les projets déjà validés pourront être menés à bien, mais que les nouvelles demandes ne seront plus prises en compte. Une annonce qui ne suffit pas à rassurer les établissements scolaires.
« Ce n’est pas une solution », insiste Marie Tamboura. « La culture n’est pas un luxe. C’est un droit fondamental. »
Le gouvernement pourrait-il revenir sur cette décision ? Certains enseignants et parents d’élèves l’espèrent encore. Une pétition demandant le rétablissement du Pass Culture collectif a déjà recueilli plusieurs milliers de signatures.
En attendant une éventuelle marche arrière, les enseignants doivent faire face à une réalité amère : à défaut de moyens, c’est toute une partie de l’éducation culturelle des élèves qui risque de disparaître.

