Benoît Payan a été réélu maire de Marseille en 2026 avec 54,34 % des voix, conservant l’hôtel de ville pour la gauche. Malgré une forte poussée du Rassemblement national, vainqueur dans deux secteurs, la coalition municipale a gardé six secteurs sur huit dans une ville toujours très polarisée politiquement.
Marseille a rendu son verdict. Au terme du second tour des élections municipales du 22 mars 2026, Benoît Payan a été réélu à la tête de la ville avec 54,34 % des suffrages et 163 586 voix. Il devance nettement Franck Allisio, candidat du Rassemblement national, crédité de 40,30 % et 121 310 voix, tandis que Martine Vassal termine loin derrière avec 5,36 % et 16 134 voix. En sièges au conseil municipal, la liste de Benoît Payan obtient 73 élus, contre 34 pour le RN et 4 pour la droite de Martine Vassal. La participation a atteint 55,40 % à l’échelle de la ville, avec 307 704 votants, 3 459 bulletins blancs et 3 215 nuls.
Ce résultat donne une image claire du rapport de force marseillais. Longtemps annoncée serrée, l’élection s’achève par une victoire assez nette du maire sortant, qui transforme une avance fragile du premier tour en succès solide au second. Le scrutin avait en effet laissé entrevoir un duel très ouvert : au premier tour du 15 mars, Benoît Payan avait recueilli 36,70 %, Franck Allisio 35,02 %, Martine Vassal 12,41 % et Sébastien Delogu11,94 %. En une semaine, la campagne s’est donc jouée sur la capacité de chaque camp à élargir son socle, à capter les reports de voix et à faire revenir aux urnes une partie des abstentionnistes.
Une élection marquée par une nouvelle règle du jeu marseillaise
Le scrutin de 2026 avait une portée particulière à Marseille, car il s’inscrivait dans le nouveau cadre issu de la réforme de la loi PLM. Désormais, dans la cité phocéenne, les électeurs votent à chaque tour deux fois : une première fois pour désigner les 111 conseillers municipaux appelés à élire le maire de Marseille, une seconde fois pour choisir les conseillers d’arrondissement dans les secteurs. Cette mécanique a renforcé la lisibilité du vote à l’échelle de la ville tout en maintenant la logique très marseillaise des mairies de secteur.
Dans ce nouveau système, la victoire de Benoît Payan ne se réduit donc pas à un simple succès personnel. Elle s’appuie à la fois sur un score majoritaire au niveau municipal et sur une implantation territoriale suffisamment large pour garder la main sur l’essentiel de la carte politique marseillaise. Le maire sortant ne s’impose pas partout, mais il conserve la ville parce que sa coalition reste dominante dans la majorité des secteurs et parce qu’elle résiste là où le RN espérait transformer sa dynamique nationale en bascule locale.
Le premier tour avait installé un suspense maximal
Le premier tour avait dessiné un paysage extrêmement tendu. Benoît Payan arrivait en tête, mais de très peu, devant Franck Allisio. La droite de Martine Vassal, bien plus faible qu’espéré, restait qualifiée, tandis que la liste de Sébastien Delogu, portée par La France insoumise, franchissait également le seuil permettant de se maintenir. Marseille semblait alors promise à un second tour explosif, avec une possible dispersion des voix de gauche face à un RN en embuscade.
L’un des tournants politiques de l’entre-deux-tours a été le retrait de Sébastien Delogu. Le candidat LFI, après avoir obtenu près de 12 % des suffrages au premier tour, a décidé de se retirer pour ne pas contribuer à une division du vote de gauche qui aurait pu favoriser le RN. Ce choix n’a pas effacé les tensions entre socialistes, écologistes et insoumis, mais il a mécaniquement redessiné la bataille finale. En face, Martine Vassal a maintenu sa candidature, laissant subsister une triangulaire municipale qui n’a finalement pas empêché la nette progression de Benoît Payan au second tour.
Six secteurs sur huit pour la gauche, deux pour le RN
La géographie électorale de Marseille raconte presque à elle seule l’élection. La coalition de Benoît Payan s’impose dans six secteurs sur huit. Dans le 1er secteur, Sophie Camard l’emporte avec 47,45 % et 19 sièges. Dans le 2e secteur, Anthony Krehmeier gagne avec 49,76 % et 21 sièges. Dans le 3e secteur, Didier Jau s’impose avec 44,48 % et 24 sièges. Dans le 4e secteur, Olivia Fortin franchit la barre des 51,51 % et décroche 32 sièges. Au nord, Tina Biard Sansonetti remporte le 7e secteur avec 50,89 % et 41 sièges, tandis que Samia Ghali conserve le 8e secteur avec 46,07 % et 25 sièges.
Le RN, lui, signe ses principales percées dans les zones où il était déjà très compétitif. Éléonore Bez enlève le 5e secteur avec 50,41 % et 36 sièges, tandis qu’Olivier Rioult gagne le 6e secteur avec 49,59 % et 32 sièges. Ces deux victoires donnent au camp de Franck Allisio une base locale réelle, en particulier dans les 9e-10e et 11e-12e arrondissements, mais elles ne suffisent pas à faire basculer la ville. Le RN progresse, il s’enracine, mais il échoue encore à agréger une majorité marseillaise à l’échelle municipale.
Marseille reste coupée en plusieurs blocs
Le scrutin confirme une vérité ancienne à Marseille : la ville ne vote pas d’un seul mouvement. Elle demeure traversée par plusieurs lignes de fracture sociales, territoriales et politiques. D’un côté, la gauche conserve une assise forte dans de nombreux secteurs centraux, nord et mixtes, portée par des figures installées et par un réflexe de barrage face au RN. De l’autre, le Rassemblement national confirme son ancrage dans plusieurs zones de l’est et du sud-est marseillais, où son discours trouve un terrain électoral plus favorable. Enfin, la droite classique apparaît durablement affaiblie, incapable dans cette élection de se poser en alternative crédible pour la mairie centrale.
Ce morcellement explique aussi pourquoi Marseille a été regardée comme un laboratoire politique. Le RN espérait y décrocher l’une de ses plus grandes prises symboliques, mais la ville a finalement confirmé la difficulté persistante du parti à conquérir une très grande métropole. À l’échelle nationale, l’échec marseillais a été lu comme un signal : le RN progresse dans de nombreuses communes et consolide ses bastions, mais il bute encore sur certains plafonds urbains. Dans le même temps, la réélection de Benoît Payan offre au Parti socialiste un point d’appui majeur dans l’une des trois plus grandes villes du pays.
Une participation en hausse, signe d’une ville mobilisée
Autre enseignement important : la mobilisation a progressé entre les deux tours. La participation passe de 52,18 % au premier tour à 55,40 % au second. Cette hausse, modérée mais réelle, montre que l’enjeu s’est intensifié à mesure que le scénario d’une bascule historique vers le RN prenait corps dans le débat public. Marseille a voté davantage au moment décisif, ce qui tend à montrer que la menace d’un basculement a servi de moteur électoral à une partie des abstentionnistes du premier tour.
Cette dynamique a probablement joué en faveur du maire sortant. En remportant plus de 163 000 voix au second tour, Benoît Payan gagne près de 60 000 suffrages par rapport à son score du premier tour. Franck Allisio progresse lui aussi, mais moins fortement, tandis que Martine Vassal reste marginalisée. Le cœur du second tour s’est donc joué sur le rassemblement anti-RN, sur la capacité de la gauche municipale à capter une part significative des électeurs de Sébastien Delogu et sur l’impossibilité, pour la droite classique, de retrouver une centralité perdue dans le jeu marseillais.
Les secteurs clés qui ont verrouillé la victoire
Plusieurs secteurs ont joué un rôle déterminant dans la réélection de Benoît Payan. Le 4e secteur, avec la victoire nette d’Olivia Fortin au-dessus de 51 %, a confirmé que les bastions les plus peuplés et stratégiques restaient ancrés à gauche. Le 7e secteur, remporté par Tina Biard Sansonetti avec plus de 50 %, a lui aussi envoyé un signal fort. Dans les quartiers nord, souvent au cœur des débats sur la sécurité, les services publics et les inégalités territoriales, la gauche a réussi à conserver une crédibilité électorale.
Le 8e secteur, tenu par Samia Ghali, a également pesé lourd. Sa victoire montre qu’à Marseille, les logiques locales restent déterminantes. Les personnalités implantées sur le terrain, connues des habitants, peuvent encore faire la différence face aux dynamiques nationales. Cela vaut aussi pour les secteurs tombés dans l’escarcelle du RN : dans le 5e et le 6e secteur, les candidats frontistes ont bénéficié à la fois d’une progression du parti et d’un enracinement dans des territoires où les thèmes de l’ordre, de la fiscalité et du quotidien prennent une importance particulière.
Une droite classique en net recul
L’autre grand enseignement de ce scrutin est l’effacement spectaculaire de la droite traditionnelle. Longtemps puissante à Marseille, notamment autour de Jean-Claude Gaudin puis de Martine Vassal, elle apparaît aujourd’hui prise en étau entre la gauche municipale et le Rassemblement national. Avec un peu plus de 5 % au second tour à l’échelle municipale, Martine Vassal ne pèse plus dans l’issue finale. Son maintien n’a pas changé le vainqueur, et sa formation ne parvient plus à apparaître comme une alternative crédible dans une ville désormais structurée autour d’un affrontement beaucoup plus polarisé.
Cette marginalisation de la droite classique risque d’avoir des conséquences durables. Elle pourrait accélérer les recompositions à droite, nourrir des départs, des alliances ou des repositionnements stratégiques en vue des prochaines échéances. À Marseille, comme dans d’autres grandes villes, l’espace central se rétrécit. Le paysage politique local se durcit, se simplifie en apparence, mais se tend profondément dans les faits.
Une victoire nette, mais une ville toujours sous tension politique
La réélection de Benoît Payan ne doit donc pas masquer la profondeur des fractures marseillaises. Oui, le maire sortant gagne nettement. Oui, la gauche garde l’hôtel de ville. Mais oui aussi, le RN s’installe comme une force durable dans plusieurs secteurs et comme l’un des deux pôles majeurs du paysage local. Le scrutin 2026 n’efface pas la polarisation ; il la confirme. Marseille reste une ville disputée, nerveuse, où le centre droit s’effondre, où la gauche conserve le pouvoir sans hégémonie totale, et où l’extrême droite continue de pousser ses lignes.
Au fond, cette municipale raconte deux histoires en une. La première est celle d’une résistance : celle d’une coalition de gauche qui parvient à garder Marseille malgré une pression politique très forte. La seconde est celle d’un avertissement : celui d’un RN qui échoue à prendre la ville, mais qui prouve qu’il peut désormais gagner des pans entiers du territoire marseillais. Pour Benoît Payan, la victoire est incontestable. Pour Marseille, le message est plus nuancé : la ville a choisi la continuité, mais elle l’a fait dans un climat de concurrence politique plus dur, plus fragmenté et plus instable que jamais.